Le 10 mars 2021, vers une heure du matin, un datacenter OVH a pris feu à Strasbourg. Ce matin-là, des webradios se sont tues. Et dix ans de ma vie professionnelle se sont arrêtés avec les serveurs.
Presque personne ne savait que c'était moi derrière.
Comment j'en suis arrivé là
En 2008, je crée Numeri'zik depuis Rebaix. L'idée tient en une phrase : plus personne ne lit l'intranet ni les newsletters, alors parlons aux employés par la radio. Une radio d'entreprise, diffusée en ligne, avec les messages internes glissés entre les morceaux.
En 2010, le projet remporte le prix B2B au Boostcamp du Microsoft Innovation Center de Mons. L'année suivante, Microsoft le distingue à nouveau. En janvier 2012, on s'installe dans le zoning de Ghislenghien, à trois. L'Avenir titre : « Numerizik cité en exemple au MIC ». Le journaliste écrit que l'emploi pourrait doubler dans les trois mois, parce que des contrats sont en train de se signer avec de grands formats.
Un de ces grands formats, c'est la RTBF.
Dix ans de tuyaux
À partir de 2011, la technique des webradios de la RTBF repose sur mon infrastructure. Les flux, les serveurs, l'encodage, la diffusion en continu. Quand tu écoutais une webradio de la RTBF, le son passait par des machines que j'administrais, depuis la Wallonie, depuis une toute petite structure.
Ce travail a une particularité : quand il est bien fait, il est invisible. Personne ne remercie un flux audio qui ne coupe pas. On n'appelle le technicien que quand ça tombe. J'ai passé dix ans à faire en sorte qu'on ne m'appelle pas.
Pas de logo sur leur site. Pas de communiqué. Pas une ligne de référence publique. J'étais fier, et je me taisais. Je croyais, très sincèrement, que le travail bien fait finirait par parler tout seul.
Ce que l'incendie a révélé
Le feu a réglé la question de la suite. Le contrat s'est arrêté là, en même temps que les machines.
Et je me suis retrouvé avec dix ans d'expérience que je ne pouvais prouver à personne. Pas de témoignage client, pas de logo à montrer, pas de cas d'usage racontable. Sur le marché, une compétence invisible vaut zéro le jour où il faut la vendre.
J'ai retenu deux leçons, et elles me servent tous les jours chez ZENIBIZ.
La première : un fournisseur invisible est un fournisseur remplaçable. Pas parce qu'il est mauvais, mais parce que personne, chez le client, n'a besoin de le défendre en réunion.
La seconde : si tu ne racontes pas ce que tu fais, quelqu'un d'autre racontera ce qu'il fait, et c'est lui qu'on appellera.
Construire est devenu facile. Vendre ne l'est toujours pas.
C'est exactement pour ça que j'écris cette série. Plus jamais dix ans dans l'ombre.