1. Le Covid, la faillite, tout à recommencer.

Je pourrais en faire une épopée. Je préfère les faits, et ce que j'en ai tiré.

L'effet domino

Mon métier d'alors reposait sur les grands comptes : de la transformation documentaire pour des groupes industriels et financiers, vendue à travers Xerox. Des cycles longs, des budgets annuels, des projets qui se décident en comité.

Au printemps 2020, ces comités ne se réunissent plus. Les projets ne sont pas annulés, ils sont « reportés », ce qui est pire : tu continues à payer tes charges en attendant une reprise dont personne ne connaît la date. Un chiffre d'affaires construit sur quelques très gros clients, c'est une structure magnifique jusqu'au jour où elle devient un seul point de rupture.

Ça n'a pas tenu.

Et l'année suivante, le 10 mars 2021, l'incendie d'OVH à Strasbourg a emporté dix ans de travail pour les webradios de la RTBF. Deux coups en douze mois, des deux côtés de mon activité.

Comment je me suis relevé

Pas avec une nouvelle startup. Avec des missions.

En 2022, je deviens directeur technique de MYMORYS, à Enghien : transmettre ses souvenirs en numérique. En 2023, tilleul.be devient ma société de consultance en infrastructure. Mission principale, toujours en cours : le référentiel du parc informatique du Service public de Wallonie, à Namur. Du Linux, du Kubernetes, de l'intégration de données, de la sécurité réseau. Pas glamour, très formateur, et surtout : facturé tous les mois.

Pendant ce temps, Kataklop a continué à vivre. Petit, lent, vivant. Lancé en 2019 pour suivre la santé d'un seul cheval, le nôtre, et devenu depuis une plateforme où trois cents écuries sont inscrites.

Les trois règles que 2020 m'a données

Jamais un seul client. Une boîte dont le chiffre d'affaires tient à trois logos n'est pas solide, elle est chanceuse.

Jamais une boîte qui dépend de moi. Si l'entreprise s'arrête quand je tombe, ce n'est pas une entreprise, c'est un emploi déguisé avec plus de risques. C'est exactement le contraire que je construis depuis 2025 : des produits exploités par quelqu'un dont c'est le métier.

Zéro perte par exercice. C'est devenu la règle absolue du studio, et elle vient de là. Un projet qui creuse, on le corrige ou on l'arrête. On ne finance pas l'espoir avec de la trésorerie.

Ce que ça laisse

Une faillite laisse une trace. Pas tellement sur un bilan : dans la façon de dormir, et dans le regard de ceux qui savent.

Je n'en fais ni une fierté ni une blessure. C'est une ligne de mon parcours, au même titre que le Louvre ou Dubaï. Les gens à qui je parle aujourd'hui, opérateurs, commerciaux, clients, ont le droit de savoir que j'ai aussi perdu.

Cinq boîtes, deux qui ont marché.